18 janv 2017 18:00

"Nos années formation" n°4 - Benjamin Thiéry

'Nos années formation' n°4 - |Benjamin Thiéry
Au cœur du projet de club, la formation scolaire des jeunes et le projet professionnel extra-sportif des joueurs sont une priorité. Aujourd'hui, l'Aviron Bayonnais s'appuie sur l'ESAB (École des Sportifs de l'Aviron Bayonnais), un établissement technique privé interne qui dispense des formations diplômantes et accompagne les pensionnaires du Centre de formation dans leur orientation, ainsi que les joueurs professionnels dans l'amorce de leur reconversion. Chaque semaine, nous mettons en avant un joueur, à travers ses études, ses formations et son projet professionnel en dehors des terrains. Après Jean-Joseph Marmouyet, découvrez le parcours et le projet de Benjamin Thiéry (32 ans, 1m84, 98 kg), trois-quarts polyvalent de l'Aviron Bayonnais.

Aujourd'hui joueur professionnel de l'effectif bayonnais, pouvez-vous nous raconter comment, plus jeune, vous avez articulé rugby et formation scolaire ?

À l'époque, il n'y avait pas les structures nécessaires, ni les relations avec les établissements scolaires qui existent aujourd'hui pour le suivi des jeunes. C'était donc difficile de conjuguer le rugby professionnel et les études, sachant que je suis devenu pro très jeune (à 18 ans). Je n'avais pas de contrat Espoir ou de convention de formation. Ça me liait donc au club, je devais être là tous les jours ou presque. Après bien sûr, on pouvait s'organiser de notre côté, avec des cours par correspondance par exemple. C'est ce que j'avais commencé à faire, mais je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de mon BTS (l'équivalent aujourd'hui d'un BTS MUC). C'était vraiment difficile pour moi de travailler tout seul de mon côté, j'ai un peu baissé les bras... Bien sûr, cela dépend de chacun, mais ça ne me correspondait pas. Quand je vois tout ce qui est mis en place maintenant, il y a un suivi, les formations sont plus accessibles, c'est mieux organisé... Les jeunes ne sont pas laissés seuls face à leur orientation. Si j'avais connu cela, je pense que mon parcours aurait été différent.

"je suis polyvalent au rugby et j'ai envie d'être tout aussi polyvalent dans ma future vie professionnelle"

De vos premières années de rugbyman professionnel à aujourd'hui, avez-vous été tenté de reprendre les études ou de faire des formations ?

J'ai pas mal baigné dans l'immobilier étant plus jeune, car mon père et mon grand-père travaillaient dedans. Du coup, j'ai commencé plusieurs formations, sur la défiscalisation, sur les projets immobiliers... J'ai étudié pendant au moins un an, mais je ne suis pas allé au bout des choses, je ne souhaitais pas continuer dans cette voie. Dans le même temps, j'ai toujours réfléchi à ma reconversion, à ce qui me plaisait, et cherché des idées novatrices, c'est ce qui m'a amené il y a quelques temps à monter une structure d'Escape Game à Bayonne. J'ai d'autres projets en tête, par exemple dans le bois et la fabrication de meubles ; étant originaire de Haute-Savoie, avec un beau-père qui travaille là-dedans... Le côté "nature" et en même temps commerce m'attirent beaucoup. Je suis curieux de tout : je suis polyvalent au rugby et j'ai envie d'être tout aussi polyvalent dans ma future vie professionnelle.

Diriez-vous donc que la poursuite des études en même temps que le rugby est aujourd'hui plus facile pour les jeunes qui sont dans les Centres de formation ?

Quoi qu'il arrive, cela demande de l'investissement au joueur qui souhaite faire les deux. Maintenant, au-delà de la motiviation du jeune, c'est le suivi qui est déterminant pour aller au bout des choses et c'est ce qui m'a manqué. C'est un peu notre défaut quand on est rugbyman professionnel : on nous livre tout sur un plateau, on arrive au stade, on n'a rien à faire, nos affaires sont prêtes et propres. On a peut-être aussi ce mauvais réflexe avec les études, on a besoin de quelqu'un qui nous accompagne. Et aujourd'hui il y a ce suivi derrière les jeunes joueurs.

"Avoir un équilibre dans la vie"

Vous avez récemment monté votre entreprise, une Escape Game. Pouvez-vous revenir sur la manière dont s'est construit ce projet ?

L'Escape game, c'est un concept nouveau, et ça, c'est quelque chose que je recherchais dans un projet, de me démarquer. Je trouvais ça original, et ça n'existait pas ici. Ça me fait beaucoup penser aux jeux de société auxquels on peut jouer en famille, mais en grandeur nature. C'est l'occasion de passer du temps ensemble, de créer des liens... Donc ça a été un investissement un peu spontané. Le projet est issu d'une rencontre avec des gens, même si au départ je voulais monter ça tout seul. Nous avons monté une équipe avec un vrai savoir-faire dans les Escape Game, dans la création d'énigmes. Nous avons été vite, mais avec les bonnes personnes et maintenant on espère une réussite.

Vous faites partie des rares joueurs en activité qui mènent de front les entraînements et une autre activité professionnelle. Finalement vous avez réussi à trouver la motivation nécessaire pour aller au bout de cette expérience-là.

Oui, je suis allé au bout, même si maintenant je dois le développer, il me reste plein d'étapes, mais c'est très motivant. Ça me permet aussi d'avoir un équilibre dans la vie. Quand on est jeune joueur on y pense moins, mais arrivé un moment il faut quand même réaliser que le rugby, ça dure dix ans, un peu plus pour certains, il y a toujours une fin qu'il faut gérer. C'est ce que je fais, progressivement, dans le sens où je m'investis dans la boîte mais pas non plus à temps plein. C'est pour cela que nous sommes plusieurs, d'autres peuvent gérer le quotidien pour l'instant. J'ai une priorité, c'est l'Aviron, et je m'attache à la faire passer avant l'Escape Game.

"la 'vraie" vie qui commence après"

La reconversion ou l'après-rugby, vous en parlez entre joueurs ?

Un petit peu. Quelques-uns m'ont posé des questions, ça a peut-être fait réflechir certains autres joueurs... Encore une fois, il faut se les poser ces questions, parce que oui, on gagne bien notre vie, mais pas non plus assez pour ne rien faire après. Je voudrais aussi pouvoir proposer cette reconversion-là à d'autres joueurs, pas forcément qu'à ceux de l'Aviron. J'ai envie de le développer avec des joueurs de rugby et peut-être leur permettre de trouver une voie, de les aider à se sentir mieux que ce soit en fin ou en milieu de carrière. 

Pensez-vous qu'il y ait un manque d'accompagnement concernant la fin de la carrière de sportif professionnel pour préparer une reconversion ?

Non je ne pense pas. Nous avons de nombreuses choses à notre disposition maintenant, via le club ou via Provale, le syndicat des joueurs, pour nous aider à faire des bilans de compétences par exemple. Mais après c'est la volonté du joueur... Nous sommes très pris dans le championnat donc ce n'est pas toujours très simple de se laisser du temps pour y penser et c'est pour cela que la prévention est importante, car une carrière peut s'arrêter du jour au lendemain.

"on idéalise un peu le joueur de rugby"

Savez-vous ce qu'est la taxe d'apprentissage ?

Oui ! Enfin je crois que je vais en bénéficier du versement de cette taxe. Les diplômes d'entraîneur que je vais passer, qui ont un certain coût, vont être pris en charge par le club dans le cadre de la taxe d'apprentissage, qui peut être versée par les entrerprises il me semble. Je me trompe ?

La taxe d’apprentissage est le seul impôt sur les sociétés obligatoire dont on peut choisir le bénéficiaire, parmi les établissements de formation technologique et professionnelle. Que diriez-vous à un chef d'entreprise pour le convaincre de verser sa taxe d'apprentissage à l'Aviron Bayonnais ?

Je pense que je ferais un lien avec le bien-être des joueurs : un jeune joueur qui commence sa carrière de sportif avec un aboutissement du côté de ses études sera bien dans sa tête, ce qui veut dire bien sur le terrain. S'il est bien sur le terrain, il sera performant. De la même manière, si un joueur se pose des questions sur l'après-rugby et s'inquiète, et il n'y a pas d'âge pour ça, on doit pouvoir lui proposer une formation, pour qu'il soit un peu plus libéré et donc plus facilement à 100% sur le terrain. On idéalise un peu le joueur de rugby ; bien sûr, c'est génial parce qu'on vit de notre passion. Mais c'est court. Et c'est précaire, 1 an, 2 ans, les contrats de 3 ans sont rares... Même si on gagne bien notre vie, on est conscients qu'il y a un après et qu'on ne pourra pas vivre éternellement du rugby, pour la majeure partie d'entre nous. À partir de 35 ans, on sait que notre carrière va s'arrêter et une grosse partie de la vie qui continue. Donc ne pas perdre de temps sur cette transition nous permet de bien finir une carrière et d'être performant sur le terrain.

Pour améliorer l'accompagnement des joueurs de l'Aviron Bayonnais et la formation des jeunes, vous pouvez verser la taxe d'apprentissage de votre entreprise à l'École des Sportifs de l'Aviron Bayonnais.

 

En savoir plus sur la taxe d'apprentissage

Thiéry