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 28/08/2013 - Portrait: Joe Rokoçoko, la leçon d'humilité


• Joe Rokoçoko, le Fidjien

Je suis né à Nadi, dans les îles Fidji. Je n'y suis pas resté longtemps, mon père était électricien, il a eu une opportunité professionnelle à Auckland, nous l'avons suivi, j'avais alors cinq ans. Ma mère et mon frère sont toujours en Nouvelle-Zélande, ma sœur est en Australie. Mon père est désormais rentré aux Fidji : comme mon grand-père avant lui, il est le chef du village. Ce sera ensuite au tour de mon frère aîné d'hériter du rôle, puis éventuellement à mon tour. A Nadi, il doit au maximum y avoir 70 habitants. La vie y est très relax. Les maisons sont construites autour d'un terrain qui fait office de place. Tous les enfants s'y retrouvent tous les jours de l'année pour jouer au rugby. Je me rappelle de folles parties avec mes cousins, du matin ou soir nous jouions au rugby.

• Joe Rokoçoko, le rugbyman

J'ai intégré le Lycée Papakura d'Auckland jusqu'à obtenir une bourse pour aller au Collège Kentigern. C'est là que j'ai découvert le rugby de compétition. Jusqu'alors ce n'était qu'un jeu pour moi. A la fin d'un tournoi, une personne s'est approchée et m'a lancé : « vous devriez venir découvrir le rugby en club ». Sans le savoir alors, je signais alors au Weymouth Rugby Club qui a d'ailleurs également été le premier club de Jonah Lomu. J'ai de suite apprécié la vie d'un club de rugby : on jouait à 10 heures, ma mère nous coupait les oranges pour la mi-temps, après le match on se retrouvait tous ensemble pour un fish&chips. Et en début d'après-midi, on était devant la télé à regarder les matches des All Blacks. Mon premier contrat professionnel, je l'ai signé à 18 ans avec l'équipe à VII de Nouvelle-Zélande. Je venais de finir mes études, j'ai rapidement été sélectionné avec les moins de 18, moins de 19 puis moins de 21 ans avec lesquels nous avons remporté le championnat du monde au Chili. En 2002 ma progression est stoppée, je me casse la jambe. C'est lors d'une séance de travail physique en salle que Graham Henry, alors de retour de son expérience au Pays de Galles et fraichement introduit assistant coach des Auckland Blues est venu me voir. « Tu veux jouer en Super Rugby ? ». Ma réponse est immédiate : « Non, c'est trop tôt ». Quelques jours plus tard, je rejoignais les Auckland Blues, j'y suis resté dix saisons jusqu'à venir à Bayonne.

• Joe Rokoçoko, le All Blacks

On ne mesure la popularité des All Blacks que lorsque l'on quitte la Nouvelle-Zélande et l'on se déplace à travers le monde. A Hong-Kong, ici en Europe comme en 2008 à Milan, une ville pourtant de football où des milliers d'Italiens venaient assister à nos entraînements et patientaient des heures pour obtenir des dédicaces, j'ai compris à tel point la marque « All Blacks » était importante. Cette équipe est un modèle, portée par des valeurs propres au rugby : dans tout ce que tu fais, le plus important reste l'équipe. Les anciens joueurs nous ont transmis ce maillot en héritage. Notre boulot, désormais, c'est de faire passer ce message aux jeunes, qu'ils soient fiers de porter ce maillot mais aussi qu'ils en respectent ses valeurs : l'équipe passera toujours avant ses joueurs, aussi doués soient-ils et même s'ils sont les meilleurs de la planète.

• Joe Rokoçoko, le Bayonnais

Je pensais naïvement que la transition entre le Super Rugby et le Top 14 serait beaucoup plus facile, je l'assume. J'assume aussi le fait que je ne m'étais pas assez bien préparé à l'approche du rugby en France. Pour certains joueurs la transition est immédiate, facile. Pour d'autres, et c'est mon cas, elle plus compliquée. A Auckland, j'ai toujours évolué dans le même système, le même environnement. En venant à Bayonne, tout a changé et j'ai du m'adapter. Je fais de mon mieux, je suis revenu aux bases : m'amuser en jouant au rugby, m'entraîner, apprendre, apporter ma pierre au collectif. Mon jeu a évolué, je marque moins d'essais mais je plaque beaucoup plus. Je prends du plaisir à défendre, à faire reculer l'adversaire. Bien sûr, j'aimerai marquer davantage d'essais mais je suis d'abord là pour le bien de l'équipe. Pour être honnête, je préfère désormais participer à la construction d'un essai que d'être en bout de ligne, de courir et d'aplatir.

• Joe Rokoçoko, en dehors du rugby

Je suis heureux d'être en France, même si les premiers mois ont été difficiles, j'ai ensuite vite pris le pli. Maintenant je comprends qu'il n'est pas évident de changer de pays, de culture et de rugby. Je commence à parler Français, vous parlez encore souvent trop vite alors je prends quelques mots dans une phrase que je relie… Si je n'avais pas toute ma famille en Nouvelle-Zélande nous resterions 12 mois sur 12 en France. Mes parents veulent voir leurs petits enfants et c'est tout à fait normal. Quand des joueurs néo-zélandais m'appellent et m'interrogent sur l'opportunité de venir jouer en Europe, je leur conseille de ne pas hésiter mais surtout de se montrer patient, de travailler, d'échanger avec les entraîneurs ce que je n'ai sans doute pas assez fait lors de ma première saisons. Ce n'est pas parce que tu es All Blacks que tout le monde te connait que tu vas réussir. Venir à Bayonne, c'est aussi une belle leçon d'humilité pour moi.