Billetterie AB/BRIVE
 14/03/2013 - Portrait: Mike Phillips, 9 de coeur

Mike Phillips, le demi de mêlée de l'Aviron Bayonnais, dispute ce week-end avec la sélection galloise la finale du Tournoi des VI Nations face à l'Angleterre. Déjà vainqueur du Grand Chelem l'an passé, Mike Phillips se raconte au travers d'un auto-portrait

  • Mike Phillips, Welsh avant tout

J'ai grandi dans une ferme, à l'Ouest du Pays de Galles, à Bancyfelin, un village de 400 habitants. Nous sommes trois frères et je suis le plus jeune. C'est la partie du Pays de Galles où le Gallois est enseigné comme première langue. J'ai toujours vu mes parents se dépenser sans compter pour la ferme familiale, j'ai donc grandi dans un environnement propice au devoir, j'ai vite compris que pour réussir il fallait beaucoup travailler. Mon frère a désormais récupéré la ferme familiale, mes parents sont en train de lui passer le flambeau. Cette ferme reste ma maison, j'aime m'y ressourcer. Je suis attaché au « Welsh », la langue galloise, elle est en train de mourir, elle appartient à nos ancêtres, notre devoir est de la faire perdurer. C'est comme ici avec le Basque : notre génération se doit de faire survivre les langues régionales. En sélection il nous arrive de parler gallois. Je me rappelle notamment d'un match face à l'Argentine il y a deux saisons où tous les joueurs des lignes arrières parlaient gallois : pendant 80 minutes, nous n'avons parlé entre nous que Gallois, au moins personne ne nous comprenait. Nous avons aussi des combinaisons, des codes en gallois, malheureusement dans l'équipe tout le monde ne parle pas le Welsh.

  • Mike Phillips: le demi de mêlée atypique

Mon frère aîné, Rob, a été le demi de mêlée de l'équipe de Whitland, le club où j'ai débuté le rugby. Paradoxalement, je n'ai pas commencé le rugby si tôt, c'est en y jouant avec l'école que je m'y suis mis. J'avais alors une dizaine d'années. J'ai ensuite été sélectionné dans les catégories régionales, c'est comme ça que les Scarlets de Llanelli m'ont repéré. J'ai intégré les équipes de jeunes jusqu'au groupe professionnel. Ensuite j'ai joué pour les Ospreys et enfin ici à Bayonne. A l'école je jouais flanker, mais rapidement j'ai reculé d'un cran et je suis passé derrière la mêlée. C'était déjà le poste auquel je voulais jouer. Pourquoi ? C'est là qu'on touche le plus de ballons. Plusieurs entraîneurs dans différents clubs ont cherché à me convaincre de jouer à d'autres postes. Les raisons étaient davantage physiques que techniques : j'étais trop grand, je n'assurerais pas de bonnes passes, etc… Moi, j'ai toujours voulu jouer demi de mêlée.
Mon plus vieux souvenir de rugby se passe chez moi, devant la télé. J'avais six ans, en famille nous regardions jouer le Pays de Galles. A la mi-temps je n'en pouvais plus de rester assis devant cette télé : je sortaiss dans la cour de la ferme et je jouais tout seul, m'imaginant alors déjà sous le maillot gallois. Cela a donc toujours été un rêve pour moi. Il y a une part de magie : chaque joueur de rugby, à n'importe quel niveau doit rêver de devenir un jour international. Il y a ensuite les victoires, en Ligue Celtique avec les Ospreys (2010), les deux Grands Chelem (2008-2012), les deux Coupes du Monde (2007-2012), la tournée des Lions Britanniques (2009). Jouer avec les Gallois était déjà un rêve, remporter des titres en était un autre. En plus de l'expérience sportive il y a une expérience humaine.

  • Mike Phillips: le Bayonnais

J'aime Bayonne, j'aime la ville qui est très belle, les gens ici qui m'ont parfaitement accueilli. Je voulais venir jouer en France, je ne suis pas déçu de mon choix, je veux maintenant m'inscrire dans la durée à Bayonne et pourquoi pas y finir ma carrière. En ce moment, ma principale activité est d'ailleurs de bien apprendre le français. La première saison n'a pas été évidente, le championnat est différent, le jeu, l'arbitrage... Je commence à peine à m'habituer à certaines habitudes « françaises ». Il y a beaucoup de pression sur chaque rencontre. Souvent au détriment du jeu. Ici, avec un bon buteur et une bonne occupation, on parvient à remporter des matches. Au Pays des Galles comme désormais en Irlande, nous avons une culture du jeu. Il y a de très bons joueurs en France mais je persiste à penser qu'ils jouent trop en clubs, sur trop de tableaux différents, au détriment de la sélection. La force du Pays de Galles est que, au-dessus des clubs et des franchises, il y a l'équipe nationale. Et tout le monde travaille main dans la main afin de permettre à l'équipe nationale de remporter des titres. En France, j'ai l'impression qu'il il y a malheureusement les clubs d'un côté, l'équipe de France de l'autre.

  • Son investissement associatif

Au même titre que d'autres sportifs, je m'investis dans l'association « Follow your dreams » qui vient en aide aux enfants atteints de déficience mentale. Je suis également le parrain d'une autre association, « Scrum » qui épaule les enfants en Afrique et qui essaye d'implanter le rugby dans des villages africains. Lorsque je rentre au Pays de Galles, j'accorde systématiquement du temps à ces associations. Je visite des centres, j'accompagne des enfants, je mets de côté des maillots, des équipements, etc…