08/02/2013 - Christophe Deylaud: "J'aime transmettre, faire passer"

 Dernier feuilleton de notre épisode qui vous a permis de pénétrer dans l'intimité de Christophe Deylaud, le co-entraîneur de l'Aviron Bayonnais, joueur fabuleux du RC Toulon puis du Stade Toulousain (champion de France en 1994, 1995, 1996 et 1997), international à 16 reprises, devenu ensuite entraîneur à Agen au début des années 2000 puis à Bayonne depuis l'été dernier Secret, taiseux, il a accepté de se livrer dans un auto-portrait

J'aimais jouer, j'aime entraîner, j'aime transmettre, faire passer. Un seul élément me gène désormais : mes deux prothèses de hanche, je ne peux plus courir, je ne peux plus passer de la parole au geste, je suis frustré. Avec Christian (Lanta) on est devenu indissociables. On connait les points forts et les points faibles de chacun. Chacun reste à sa place : Christian c'est l'expérience, le côté prof, le contact avec les gens… Je ne cours pas après la notoriété, ma priorité c'est le jeu, les joueurs, le terrain. Christian a toujours eu ce côté manager, je le décharge complètement du jeu, des entraînements. Dans ma tête, je suis resté un éducateur.

Jusqu'en 2008, j'ai tenu à avoir deux vies : entraîneur à Agen la journée, éducateur à Toulouse en soirée. Je gérais beaucoup mieux la pression, je me replongeais dans le message que je devais faire passer auprès des enfants. Ce contact je l'aimais, il me permettait de m'évader plutôt que ne penser qu'au rugby, aux joueurs et aux matches. J'aimerai bien retrouver ce contact avec les enfants, les stages, etc… C'était mon équilibre entre la pression d'une équipe professionnelle et la subtilité de faire passer les messages auprès des enfants, des enseignants.

Au bout de près de 13 ans de vie commune, Christian et moi nous régulons. Sous son côté instituteur, Christian a un tempérament chaud et explosif, il ne faut pas lui marcher sur les pieds. Moi c'est plutôt de l'apparence, je donne l'impression de quelqu'un nerveux, inquiet. Parce que je suis plus proche des joueurs et que je souhaite qu'ils s'imprègnent totalement de l'importance d'un match. Ça ne veut pas dire qu'au fond de moi je suis explosif, je sais faire attention à ce que je vais faire et ce que je vais dire.

J'ai eu la chance de connaître les deux rugbys. Le rugby amateur j'y prenais beaucoup de plaisir. On s'éclate, on ne se pose pas de questions, on joue avec ses potes. Le rugby pro a amené des contrats, des clauses, etc… Le joueur qui ne joue pas ne comprend pas qu'il ne joue pas, les agents qui sont aujourd'hui les rois du rugby cherchent à placer des joueurs et tire les ficelles. Le joueur regarde son bien être, ses avantages, parfois je m'interroge : « est-ce qu'untel est impliqué à 100% dans le club ? ». C'est devenu un métier, ce n'est pas évident à gérer. L'entraîneur est tenu au financier, tout est lié. Le rugby professionnel est fait d'investisseurs qui souhaitent des résultats rapidement. On ne se contente plus de dire : « on est 10e, on est 11e, il y aura des jours meilleurs plus tard... ». Ce côté professionnel je ne l'aime pas.

Il y a ensuite un côté jouissif celui de s'entraîner tous les jours, d'être au contact des garçons au quotidien. J'aimerai désormais travailler sur la formation, que le rugby français change un peu d'orientation. On est dans l'urgence, seulement guidé par le résultat. Or, nos clubs regorgent de pépites et on ne prend pas le temps de bien les former et les accompagner jusqu'au plus haut-niveau.