08/02/2013 - Ch.Deylaud: "Cette équipe a tout gagné"

Jusqu'à samedi, à travers notre feuilleton, pénétrez dans l'intimité de Christophe Deylaud, le co-entraîneur de l'Aviron Bayonnais, joueur fabuleux des du RC Toulon puis du Stade Toulousain (champion de France en 1994, 1995, 1996 et 1997), international à 16 reprises, devenu ensuite entraîneur à Agen au début des années 2000... Secret, taiseux, il a accepté de se livrer dans un auto-portrait. Aujourd'hui il revient sur sa période à Toulouse

Quand tu es enfant de Portet-sur-Garonne, que tu es fier de ton clocher comme nous l'étions, lorsque nous rencontrions le Stade Toulousain lors des tournois, on voulait rivaliser, il fallait les faire tomber, on était les petits, ils étaient les grands. J'ai grandi avec Erik Bonneval. Il habitait à 50m de chez moi, nous étions inséparables. Quand Erik a progressé, il a rejoint le Stade : notre plaisir du dimanche c'était d'aller voir jouer notre pote en équipe 1 avec le Stade Toulousain. Ce n'est pas le Stade qui me faisait rêver, c'était plutôt Erik même si c'est vrai, leur jeu se développait. J'étais déjà féru de rugby, avec les Bonneval, Charvet, Cigagna, on ne pouvait que l'admirer, ils étaient passés dans un autre rugby, c'était beau. Je jouais à Portet, je n'avais pas l'ambition d'aller plus haut, jamais je n'imaginais pouvoir un jour jouer au Stade Toulousain, je n'avais pas le niveau… Et le Stade ne faisait aucune démarche pour m'attirer.

"Jamais je n'imaginais pouvoir un jour jouer au Stade Toulousain, je n'avais pas le niveau"

Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela m'ont contacté en février 1991, je jouais à Toulon, à l'époque c'était très tôt dans la saison. Les deux s'excusent de ne pas m'avoir approché l'année précédente : « jamais, on ne pensait que tu quitterais un jour Blagnac » me dit Pierre. J'ai trouvé la démarche honnête. Je ne m'attendais pas à jouer à Toulouse. Et sincèrement, je n'attendais pas après ça.

Le Stade Toulousain est une référence quand on voit ce que ce club est devenu, la manière dont il s'est structuré. Au Stade, les joueurs comme les entraîneurs ne sont que de passage. A part peut-être (Guy) Novès qui aura marqué l'histoire de ce club, tout simplement par les titres que les joueurs qu'il entraîne ont remportés Quand j'arrive au Stade Toulousain, la période était morose : il y avait un trou financier, tous les cadors étaient partis, on remontait l'équipe avec des jeunes. Nous étions des roues de secours et nous en étions conscients. Bizarrement, quand tu franchis le portail des Sept-Deniers, tu sais que tu dois écrire quelque chose. Cela parait con mais c'est comme ça. Il faut écrire des pages. Si tu passes au Stade Toulousain sans écrire une page, elle restera blanche et tout le monde te le fera remarquer. C'est à travers les titres, le Du Manoir en 1993, les quatre Brennus en suivant, que le club s'est sauvé, a pu repartir et investir. Aujourd'hui encore, le club récolte les fruits de cette période…

Cette équipe là a tout gagné. L'homme essentiel dans cela c'est Albert Cigagna, on s'est retrouvé autour de ce gars qui nous a fédérés. Je ne sais pas si Albert était fait pour entraîner. Mais lorsqu'il est revenu sur le terrain en milieu de saison, j'ai vu ce qu'était un capitaine, un fédérateur. Son message il l'a fait passer, on a enclenché sur des résultats, on était invincibles sans se prendre pour ce que nous n'étions pas. C'est la force de ce groupe et des hommes que tu vois aujourd'hui. Tous ces garçons avaient anticipé leur après-carrière ou étaient déjà dans la vie active. Des gars pourraient présenter des palmarès long comme mon bras : Jérome Cazalbou par exemple doit être à 9 finales, 7 titres. Et pour autant il ne se prend pas pour un autre. Chacun reste à sa place, on connait le rugby comme on doit le connaître, nous étions travailleurs, humbles, on aimait se faire respecter mais on n'arrivait jamais tambour-battant quelque part.

Je ne pars pas en froid avec le Stade, ce sont des aléas de la vie qui font qu'en cours de saison, les fils ne se sont pas connectés. Derrière, il y a eu explosion. Je n'avais pas fait du Stade Toulousain ma priorité. J'ai un peu de personnalité, il y a des choses, des comportements que je ne pouvais pas accepter. Ça a été dur au début, je m'étais investi dans ce club. J'en reviens à l'équipe : ce groupe, des personnes l'ont fait éclater en faisant croire qu'on voulait le pouvoir alors que c'était l'inverse. La preuve aujourd'hui : aucun joueur de cette époque ne tourne autour de l'équipe et du club, on ne peut pas en dire autant de certains qui ont été autour de l'équipe après cette génération et qui ont fait n'importe quoi.

A suivre: Christophe Deylaud, l'entraîneur