31/01/2013 - Portrait: Dewald Senekal, de l'ombre à la lumière

Arrivé d'Agen à l'intersaison, le deuxième ligne sud-africain Dewald Senekal (31 ans, 1,99m, 120 kg), joueur habitué aux tâches obscures, s'est imposé comme une poutre du paquet d'avants de l'Aviron

  • L'homme : l'esprit de compétition

"Je suis né à Uitenhage, en Afrique du sud, près de Port Elisabeth. Pour la petite histoire, Sam Gerber est également originaire de cette ville. Nous avons grandi ensemble jusqu'à l'âge de 13 ans. Ensuite, nous sommes allés dans différentes écoles, nos chemins se sont séparés. A 10 ans, je voulais déjà devenir sportif professionnel. J'adore l'esprit, les valeurs du sport. Si je n'étais pas joueur pro, je me défoncerai tous les week-ends pour mon club, mon village. J'ai en moi l'esprit de compétition.

L'Afrique est un continent très spécial. Avec deux faces : l'une est émergée, les beaux paysages, les cultures différentes. L'autre est immergée et tourne principalement autour du sentiment d'insécurité. Les Sud Africains viennent d'abord en France pour trouver une meilleure qualité de vie. Il y a bien entendu l'aspect financier mais la qualité de vie prime. D'ailleurs, les Français n'apprécient pas la France à sa juste valeur : les transports, l'habitat, la sécurité sociale, etc… Tout ça n'existe pas en Afrique."

  • Le joueur : le rugby, un virus de famille

"Le rugby guide l'histoire de ma famille. Mon père était deuxième ligne, il évoluait déjà à un bon niveau. Mes deux oncles, tous les deux piliers, ont connu les prémices du rugby professionnel au milieu des années 90. Willie (Meyer) a fini sa carrière avec 30 sélections chez les Springboks. J'ai joué au rugby jusqu'à 13 ans. J'ai grandi trop vite, cela a entraîné des problèmes de croissance au niveau du genou. J'étais malheureux, je n'envisageais pas ma vie sans le sport, je suis donc passé au cricket, notre sport national en Afrique du Sud.

A 19 ans, j'ai participé à la Coupe du Monde au Sri Lanka. Plusieurs de mes ex-coéquipiers jouent encore pour l'équipe sud-africaine récemment titrée championne du monde. A 23 ans, à force d'insister, mes amis m'ont fait reprendre le rugby. Au bout de seulement huit matches avec mon club, j'ai signé mon premier contrat pro avec la province des Pumas où j'ai retrouvé… Sam Gerber. Son oncle, Danie, était l'entraîneur de l'équipe, c'était un peu grâce à lui que je suis devenu professionnel. C'est marrant, aujourd'hui on se retrouve en France, à Bayonne. Pendant ce temps, en Afrique du Sud, son père et mon père travaillent toujours ensemble."

A partir de là, de joueur de cricket professionnel (pendant cinq ans), je suis devenu rugbyman. Et, autant l'avouer, plutôt pénible. Chaque équipe a besoin d'un joueur qui fait le sale boulot, qui provoque l'adversaire et effectue les taches obscures. C'est mon boulot et j'aime ça. Il faut être pénible, agressif avec l'adversaire, toujours à la limite mais aussi très sage avec l'arbitre, ne pas se faire pénaliser. C'est un jeu.

 

  • La passion du voyage

"J'aime passer du temps avec mes amis, cela fait partie de notre culture sud africaine. Mais attention, j'essaye de couper entre le rugby et les amis. La facilité serait bien sûr de ne rester qu'entre joueurs sud-africains ou étrangers. Je suis plutôt attiré par le mélange des genres. Ensuite j'aime découvrir, voyager, les cultures et les langues. En Europe, j'ai déjà visité l'Italie, l'Espagne, Amsterdam, Londres, Cardiff, l'Ecosse, etc… Je ne m'arrête pas aux visites, je cherche à comprendre comment vivent les gens. Par exemple, ici les Français sont très fiers de ce qu'ils font. Chaque région a sa spécialité culinaire: la bouillabaisse à Toulon, le pruneau à Agen, le piment au Pays Basque. Et dans chaque région, on pense avoir la meilleure recette, à vous écouter il n'y a pas meilleurs ailleurs. A observer les Français et leurs comportements, j'ai beaucoup appris sur leur manière de jouer au rugby : les Français jouent avec tellement d'émotion et de fierté qu'ils n'arrivent pas gérer leurs sentiments. Si tout va bien tout va bien. Mais dès que ça déraille, c'est vite la catastrophe…"